Cette fiche a pour but de fournir quelques conseils pratiques pour aider les personnes autistes à développer des amitiés et à naviguer dans leur vie affective et relationnelle et soutenir les parents dans l'accompagnement de leurs enfants. Elle aborde les défis spécifiques liés aux interactions sociales et à la vie affective, en proposant des stratégies pour surmonter ces obstacles, améliorer les compétences sociales, comprendre les émotions, et favoriser des relations positives et épanouissantes. Une fiche, deux auteurs.
Auteurs :
Matthieu Lancelot (amitiés) : personne autiste, traducteur, rédacteur Web et conférencier
Sophie Donnay (Vie affective et sexuelle) rédigée avec l’aide de Magali Descamps, Joëlle Berrewaerts, Meredith Goffin, Céline Michel qui travaillent pour le centre de Ressources Handicaps et Sexualité http://www.handicaps-sexualites.be.
On croit souvent que les personnes autistes sont solitaires par nature ou n’acceptent l’échange que si l’on vient vers elles. En réalité, l’amitié est une question de pratique, surtout quand on ne sait pas toujours quoi dire et qu’on apprend ‘scientifiquement’ ce que les autres comprennent intuitivement – ce qui demande patience et motivation.
Maladresses, faible estime de soi, harcèlement et autres déconvenues peuvent freiner à tout âge plus d’une personne autiste. On peut craindre d’être jugé, ne connaître aucun groupe qui partage les mêmes centres d’intérêt, ou bien préférer passer du temps avec un seul ami plutôt qu’un groupe. Ne pas savoir quoi dire ou ce que les autres attendent d’un ami, devoir faire face aux changements, à l’implicite et aux sentiments très forts (ex. la jalousie), le manque de confiance en soi après de mauvaises rencontres en sont autant de raisons. Il y en a qui préfèrent passer du temps avec leurs animaux de compagnie qu’avec des gens. En outre, certaines personnes n’osent pas dire qu’elles sont autistes, tandis que d’autres en parlent sans problème.
Un enfant est censé élargir sa palette d’émotions en grandissant : à la joie, la tristesse et la colère s’ajoutent la surprise et la perplexité, entre autres. On peut colorier les émotions – négatives en rouge, positives en vert – prendre des photos et dessiner des visages sur des gâteaux pour mettre des mots dessus. L’enfant est encouragé à demander ce que l’autre ressent, si besoin. Les jeux de société permettent d’apprendre à attendre son tour, écouter et échanger. Attention toutefois à expliquer qu’il y a des gagnants et des perdants. Un dessin ou une discussion autour d’un incident aide enfin à verbaliser et expliquer le point de vue de chacun(e).
Il est conseillé de découvrir progressivement de nouveaux endroits où rencontrer du monde et discuter. La météo, les livres, les films et les programmes télévisés, la musique et les activités du week-end constituent des sujets fréquents, du moins pour s’exercer. Tout dépend des qualités que l’on attend de vrais amis, de l’envie de partager au contact de telle personne et des passions en commun. Aux clubs, et aux groupes qui se forment naturellement à l’extérieur, s’ajoutent les réseaux sociaux et les forums, pour nouer des liens.
Il existe des guides à destination des parents d’enfants autistes et des adultes autistes en quête de soutien, avec les raisons de leurs difficultés à entrer en contact avec les autres et des solutions pour y remédier. Il est même possible de rechercher des vidéos, des tutoriels qui expliquent comment se faire des amis. Certains conseils sont disponibles sur des sites autour de l’autisme :
- échanger avec quelqu’un qui partage les mêmes centres d’intérêt
- ne pas se faire des amis juste pour se faire des amis, mais quand on a envie
- se joindre à un groupe engagé dans une passion que l’on partage
- ne pas trop analyser les situations et être soi-même
- demander conseil à sa famille si besoin
Il est souvent recommandé d’écrire pour exprimer son vécu et ses ressentis. On peut expliquer en détail à quel point le monde peut sembler effrayant, imprévisible ou illogique, et à quel point on se sent étrange ou étranger aux autres. Il faut des phrases plus ou moins longues pour raisonner, reconnaître ses limites et s’accepter soi-même. Certaines personnes écrivent leur méthode personnelle, leurs réflexes pour prendre soin d’elles.
La bande dessinée est aussi utile que la lecture chez une personne autiste. L’histoire dessinée et mise en couleurs avec les paroles, les réactions et les émotions des personnages peut l’aider à développer sa compréhension du monde extérieur. On peut s’exercer à décoder les comportements des gens, comme la gratitude, l’habileté ou le fait de retomber en enfance, en essayant de les nommer dans chaque vignette sur plusieurs planches. De même, dans les musées, on peut travailler à percevoir des sentiments complexes, comme la fierté ou l’amour, à la vue des portraits ou des sculptures. Il convient alors d’encourager les visites d’expositions en la matière.
Enfin, lorsque la personne sort seule de son environnement, il existe des cartes qui résument les traits autistiques de la personne et expliquent comment l’aborder en cas de crise, comme celle-ci :
© Autisme Suisse romande
Le rapport à soi et à l’autisme n’est pas toujours facile à expliquer – on est plus qu’une personne autiste, et pourtant cela fait partie de la personne. Le tout est de savoir en parler et de se montrer patient pour socialiser.
Références
Ambitious about Autism. (2022). Making friends as an autistic young person.
Autism Central & NHS England. (2024). Friendships.
Eva aime l’odeur des parfums masculins et essaie de renifler les hommes qui en portent
Petit Martin était raide comme un piquet lorsque je le prenais dans mes bras. Maintenant si je le préviens, je peux le toucher.
La première chose que Martin fait quand il rencontre une nouvelle personne, c’est de s’approcher pour lui toucher les cheveux.
Carlo veut absolument trouver une amoureuse, elle doit être blonde et son prénom doit se terminer par un A.
Odilio a compris qu’un compliment fait plaisir. Depuis quelques temps il dit à chaque petite fille qu’il rencontre : « tu es jolie et j’aime ton sourire »
Les émotions, l’amour, les relations, le désir, le plaisir, l’hygiène du corps, les parties intimes du corps, l’intimité, dire « oui », dire « non », les sensations, la masturbation, les limites, les droits, les devoirs,….tout cela fait partie de la vie.
La vie affective et sexuelle fait donc partie intégrante de la qualité de vie d’une personne.
Il est important que tout le monde puisse bénéficier d’une éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle.
Il s’agit d’aborder les questions en lien avec les diverses thématiques citées plus haut dès le plus jeune âge et en les adaptant aux spécificités des personnes avec autisme.
Les troubles de l’autisme s’accompagnent aussi souvent de particularités sensorielles, qui peuvent complexifier la vie affective et sexuelle. Certaines personnes peuvent ainsi souffrir d’hypersensibilité tactile, rendant les stimuli physiques désagréables, voire même douloureux ; pour d’autres une hyposensibilité est présente et amène à un besoin accru d’informations sensorielles afin de se sentir à l’aise et d’obtenir satisfaction.
Ces deux conditions vont alors engendrer des perturbations au niveau de la sexualité et des relations.
Toutes ces questions intimes et bien d’autres sont au centre des préoccupations de la vie affective et sexuelle des personnes présentant des TSA et il sera important d’adapter l’environnement , d’apporter de l’information et de la formation aux personnes et à leur entourage, afin de favoriser l’apparition de comportements appropriés.
Selon Gary Mesibov, 4 niveaux d’éducation affective et sexuelle pour les personnes avec autisme peuvent être envisagées en fonction des compétences de la personne.
Le niveau 1 : l’apprentissage des limites, du discernement : savoir où et quand avoir certains comportements ex : se dévêtir, toucher les autres personnes, …
Le niveau 2 : la gestion autonome de l’hygiène personnelle
Le niveau 3 : la connaissance de l’anatomie
Et le niveau 4 : le programme complet de l’éducation relationnelle et sexuelle avec l’auto-détermination, l’expression des sentiments, les relations amicales, amoureuses, les relations sexuelles, l’identité de genre, la contraception, la parentalité,…
Les parents sont les premiers acteurs de cet accompagnement à la vie affective, relationnelle et sexuelle de leurs enfants. Des professionnels peuvent être là pour soutenir les parents dans les apprentissages nécessaires.
Il est indispensable de favoriser la généralisation des compétences de la personne avec autisme afin que la personne puisse développer celles-ci dans tous les milieux de vie qu’elle fréquente.
Références
Cette fiche pratique a été rédigée avec l’aide des auteurs du livre :
Voici également quelques liens afin de trouver des informations plus spécifiques et pratiques:
Tisser du lien amical, amoureux et familial quand on est autiste (maisondelautisme.gouv.fr)
Brochure permettant de s’adapter aux particularités d’un partenaire avec autisme : Lien vers brochure
La Fédération québécoise de l'autisme et des autres troubles envahissants du développement a publié un guide de sexualité pour les TED au pays des neurotypiques la Fédération québécoise de l'autisme et des autres troubles envahissants du développement :
Nos publications - Fédération québécoise de l’autisme - https://www.autismcentral.org.uk/guidance/sex-and-relationships
Le site Sclera pictogrammes permet de télécharger des pictogrammes permettant d’aborder la sexualité : Sclera pictogrammes