"Punitions et ABA", "une formulation malheureuse" ? Retour sur une actualité sensible commentée durant les Échos d’Autidacts, Semaine 09, 2025.
Résumé: Les derniers Échos d’Autidacts ont suscité une vague de réactions sur Facebook en raison de l’association des termes « punitions et ABA » dans son sommaire. Ces réactions, provenant de professionnel·le·s et de parents favorables à l’ABA, dénonçaient une supposée désinformation. Pourtant, l’article ne faisait que commenter une revue scientifique récente sur l’évolution des recherches concernant les techniques punitives en ABA, ainsi qu’un message de Michelle Dawson, chercheuse reconnue, qui s’est exprimée sur le sujet. L’objectif de cette publication était d’informer de manière rigoureuse et scientifique, dans une démarche ouverte au dialogue et à la participation des personnes autistes aux débats sur les pratiques qui les concernent, fidèle à la mission d’Autidacts.org.
Suite à la publication, ce 03 mars 2025, des derniers Échos d’Autidacts sur le site internet de la Maison de l’Autisme (Source), plusieurs personnes ont partagé sur Facebook leur inquiétude ou leur indignation du fait que les mots « ABA » et « punitions » avaient été associés dans le sommaire:

Voici quelques-uns des messages postés sur Facebook et provenant de personnes engagées dans des sphères associatives militant en faveur de l'ABA ("Analyse appliquée du comportement"), de parents de personnes autistes pour qui l’ABA a été une ressource importante, ou encore de professionnel·le·s intégré·e·s à des organismes de formation de l’ABA :
- « pourquoi associer ABA et punition ? C’est trompeur comme titre… en aucun cas il s’agit de punition… toute personne réellement experte en ABA pourra l’expliquer ! »
- « Punitions et ABA ? Formulation bien malheureuse. On a encore du chemin à parcourir en Belgique. »
- « L'ABA que nous pratiquons ne comporte pas de mesures punitives ni coercitives ! »
- « Mais quelle désinformation !! C’est une honte ! »
- « J’ai fait de multiples formations sur l’ABA. La punition n’est jamais utilisée !! »
- « Ce type de publication est DANGEREUX, FAUX ET FERA LES CHOUX GRAS DES PSYCHANALYSTES!!! »
- « Ce que vous publiez est réducteur. »
- « Je trouve vraiment regrettable de faire de la pub pour des articles qui associent ABA et punitions »
- « ABA devrait être utilisé pour tout le monde. Et je n’ai jamais utilisé de punition, cela n’a aucun sens. »
- « Pourquoi stigmatiser une méthode qui fait ses preuves tous les jours ? »
- « Jamais, au grand jamais, je ne pourrais considérer l’ABA comme punitif. »
- « Ces articles dénigrants sur l'ABA sont extrêmement délétères, non pour les professionnels qui le pratiquent, car ils ont largement assez de travail, mais pour tous les parents qui subissent les carences de notre système de formation. »
- « Vous avez autant de connaissances en ABA que vous semblez avoir de courage. » [Message supprimé par l’auteur par la suite, merci, car c’était particulièrement violent pour l’auteur de l’article, comme l’ont été d’ailleurs d’autres messages publiés par cette personne, également supprimés par la suite.]
- « Peut-on être d'accord pour dire que votre point de vue est faux, nul et dangereux pour les personnes qui auraient le malheur de vous écouter? »
- « Le monsieur ne doit juste pas connaître la définition du mot « punition » et assume ne connaître l’ABA que par des articles qu’il traduit à l’envers. »
Pourquoi ces messages ? Car, lors des 9ᵉˢ Échos d’Autidacts parus sur le site internet de la Maison de l’Autisme, nous avons commenté un message de Michelle Dawson, une personne autiste engagée concernant le respect des droits fondamentaux des personnes autistes et chercheuse reconnue par ses pairs dans la recherche sur l’autisme depuis plus de 20 ans (ses travaux scientifiques sur l'autisme ont été cités plus de 2500 fois depuis 2020 dans d'autres travaux scientifiques). Ce message, elle l’a posté ce 3 mars 2025 sur X et Bluesky, suite à la publication, la semaine précédente, d’une revue de la littérature scientifique portant sur l’analyse de l’évolution de la quantité de recherches scientifiques concernant l’évaluation des techniques punitives au sein de l’ABA ces dix dernières années.
Un sujet sensible… car l’ABA fait l’objet de critiques depuis plusieurs décennies par rapport à son recours à des techniques punitives dans la « gestion » des comportements dits « problématiques ».
Associer « Punitions et ABA » dans le sommaire de notre article a suscité beaucoup d’émoi sur Facebook. Il convient donc pour nous de revenir plus en détail sur (1) la revue de la littérature scientifique parue en février 2024 à ce sujet, (2) le commentaire qui en a été fait par Michelle Dawson, (3) notre propre commentaire, ainsi que (4) notre réponse au message d’une lectrice sur Facebook suite à la publication des « Échos d’Autidacts ».
L’objectif de cette reprise des événements par l’auteur des Échos d’Autidacts vise à souligner que nous avons rédigé notre article non pas dans « une optique de propagande anti-ABA à peine voilée », comme cela a été écrit sur Facebook, mais bien dans une logique d’information scientifique à une époque où les personnes autistes cherchent, aux côtés des professionnel·le·s et des familles, à prendre part aux débats en matière d’autisme. Pour rappel, c’est le but premier du projet communautaire Autidacts.org (Source).
1. Publication de la revue de la littérature sur l’évolution de la punition dans la recherche ABA
Pourquoi les mots « Punitions et ABA » étaient-ils associés dans le sommaire des 9ᵉˢ Échos d’Autidacts ? Non… ce n’est pas parce que nous pensons que ABA = Punition, ni que les personnes qui se forment à l’ABA aujourd’hui en Belgique apprennent des techniques punitives… mais bien parce que, comme tous les autres éléments du sommaire des Échos d’Autidacts, ce sont là les mots-clés des études scientifiques commentées qui sont mentionnés. Et dans ce cas, il s’agit d’une étude portant sur l’évolution de la punition dans la recherche scientifique sur l’ABA (« Punitions et ABA » nous semblait donc une base plutôt évidente pour indiquer au lecteur ou à la lectrice qu’une étude portant sur ce sujet était commentée…).
En effet, le 25 février 2025, une revue de la littérature scientifique a été publiée dans une revue à comité de lecture spécialisée dans l’ABA (« Behavioral Interventions »). Cette revue « est une revue de psychologie qui publie des recherches et des pratiques impliquant l'utilisation de techniques d'analyse appliquée du comportement [ABA] dans le traitement, l'éducation, l'évaluation et la formation des étudiant·e·s, des client·e·s ou des patient·e·s, ainsi que des techniques de formation destinées au personnel. Nous accueillons des articles de recherche, des rapports brefs, des revues thématiques de la littérature et des articles de discussion. » (Source)
Pour information, une des auteures de cette revue de la littérature scientifique est Mirela Cengher, chercheuse et enseignante à l’Université du Maryland, analyste du comportement avec une certification BCBA (« Board Certified Behavior Analyst ») depuis 2013, ainsi que certifiée « Doctoral Level Board Certified Behavior Analyst » depuis 2017. (Source)
Le titre de cette revue de la littérature scientifique est très explicite :
« Punishment happens, but the state of behavior analysis is changing for the better » (Source),
ce que nous pouvons traduire par :
« La punition existe encore, mais l’état de l’ABA évolue dans le bon sens. »
Quel est le contexte et l’objectif de cette recherche ? Lisons son résumé (traduit de l’anglais) :
« L'analyse du comportement [ABA] fait face à des critiques en raison de son utilisation historique de procédures restrictives et de sa dépendance aux punitions pour modifier les comportements. Une revue des procédures de punition dans la littérature sur l'analyse du comportement n'a pas été menée depuis 2014 ; une analyse plus récente permettrait de déterminer si ces critiques sont fondées sur les recherches actuelles. Dans cette revue, nous avons examiné 59 études publiées entre 2014 et 2023 et avons extrait des données sur les caractéristiques des participants, les caractéristiques des procédures et leur efficacité. Nous avons constaté une augmentation de l'utilisation des procédures d'interruption et de redirection des réponses, ainsi qu'une évaluation plus fréquente de la validité sociale, de la généralisation et du maintien par rapport aux décennies précédentes. Nous avons également observé une diminution de l'évaluation fonctionnelle des comportements ciblés. Plus important encore, nous avons relevé une diminution des formes physiques de punition, qui peuvent être considérées comme plus restrictives. Nous formulons des recommandations pour les recherches futures, la pratique clinique et la défense des droits. » (Source)
Le point de départ de cette recherche est donc selon les auteures de vérifier si les « critiques » de l’ABA quant à l’utilisation de techniques punitives sont justifiées ou non.
Les auteures citent notamment la récente recherche d’Anderson (2023) « Autistic experiences of applied behavior analysis », publiée dans la revue « Autism », qui « a examiné sept personnes autistes ayant reçu des interventions en analyse appliquée du comportement [ABA] dans leur enfance afin de comprendre ce que les adultes autistes perçoivent comme les coûts et les bénéfices de ces interventions, ce qu'ils ressentent à propos des interventions en analyse appliquée du comportement qu'ils ont reçues et quelles recommandations ils ont pour l'avenir de l'analyse appliquée du comportement. Les résultats incluent : les adultes autistes se souviennent d'événements traumatisants liés à l'analyse appliquée du comportement, ne croient pas qu'ils devraient être forcés à se comporter comme leurs pairs, ont retiré certains bénéfices mais ont souffert de conséquences négatives importantes à long terme, considèrent que l'analyse appliquée du comportement est une intervention non éthique et recommandent que les praticiens de l'analyse appliquée du comportement écoutent les personnes autistes et envisagent d'utiliser d'autres interventions à la place de l'analyse appliquée du comportement. » (source)
Nous ne citons pas cette référence à titre polémique, mais bien parce qu’elle est citée par les auteures de la revue de la littérature pour relever un certain nombre de critiques de l’ABA provenant de personnes autistes adultes qui ont reçu des interventions ABA dans leur enfance.
Pour vérifier si les techniques punitives sont encore aussi présentes actuellement dans l’ABA que ces dernières décennies, les auteurs de la revue de la littérature scientifique ont recherché de façon systématique toutes les études réalisées entre 2014 et 2023 dans la discipline de l’ABA qui visent à évaluer l’efficacité de techniques punitives.
Pour information, suivant les catégorisations usuelles du comportement « punition » dans l’ABA, « les procédures punitives dans les catégories suivantes [ont été classées] en fonction du type de procédure : interruption et redirection de la réponse (RIRD), gestion physique contingente, rétroaction/réprimandes, coût de réponse, mise à l’écart (time-out) et application d’un stimulus aversif physique.
Les études ont été classées dans la catégorie RIRD si les procédures impliquaient l’application d’exigences conditionnelles à l’engagement dans le comportement cible. La gestion physique contingente consistait en toute instance où une autre personne touchait physiquement le participant ou limitait sa vision (par exemple, blocage de la réponse, guidage physique, écran facial, maintien en panier).
La catégorie des rétroactions/réprimandes incluait à la fois des conséquences vocales (par exemple, ‘Tu as jeté le crayon, donc tu ne gagnes pas de point’) et des conséquences visuelles (par exemple, l’enseignant marque un symbole sur le tableau en fonction du comportement cible).
Le coût de réponse consistait en le retrait du renforcement conditionnellement au comportement cible.
Les procédures ont été classées comme mise à l’écart (time-out) si l’individu était retiré de l’environnement (exclusion) ou perdait l’accès au renforcement dans l’environnement (non-exclusion) en réponse au comportement cible.
La stimulation aversive contingente impliquait d’exposer l’individu à un stimulus ayant des qualités aversives, en fonction de son engagement dans le comportement cible. »
L’analyse des études scientifiques évaluant l’efficacité des punitions permet aux auteures de conclure que : « Cette revue suggère une augmentation des publications après 2013, avec 59 études répondant aux critères d'inclusion. Lydon et al. (2015) ont constaté que le nombre d'études publiées utilisant des procédures de punition a atteint un pic dans les années 1980 et a ensuite connu une baisse constante, avec seulement 22 études publiées après 2013. De plus, depuis 2014, on observe une diminution générale du pourcentage d'interventions utilisant uniquement des procédures de punition. De 2000 à 2013, 47,8 % des protocoles de traitement impliquant la punition utilisaient plusieurs procédures punitives (Lydon et al., 2015), tandis que seulement 23 % l'ont fait à partir de 2014. Nous avons également observé une augmentation des interventions multi-composantes, qui combinent des procédures de punition, d’antécédents et de renforcement. » (Source)
La conclusion est donc contrastée (les résultats ne sont ni tout noirs, ni tout blancs), comme tente de le signifier le titre :
- « Punishment happens... » (La punition se produit) :
En effet, c’est indéniable, quantitativement, il y a eu plus de recherches sur les punitions la dernière décennie par rapport à l’avant-dernière décennie. Et cela participe à expliquer les critiques récentes issues de personnes autistes adultes ces dernières années (voir par exemple Anderson, 2023), puisque l’étude de la punition est encore très prisée par les chercheur·euses dans l’ABA (c’est factuel, et sujet à aucune interprétation possible).
De plus, un point qui interroge les auteures de la revue de la littérature est le fait que les techniques punitives utilisées ces 10 dernières années visent surtout l’ « élimination » de comportements dont les analystes du comportement savent pourtant depuis plusieurs décennies qu’ils ont une fonction d’auto-régulation : les stéréotypies :
« Fait surprenant, la stéréotypie demeure la catégorie la plus prédominante, en particulier par rapport à l'auto-agression, malgré l'évolution culturelle et éthique visant à réserver la punition aux comportements dangereux (Bailey & Burch, 2022). Il existe des situations où cibler la stéréotypie peut être nécessaire, par exemple si elle interfère avec le fonctionnement adaptatif de l'individu, sa capacité d'apprentissage ou son intégration dans un environnement scolaire moins restrictif avec ses pairs (Lanovaz et al., 2013). Les cliniciens devraient réfléchir avec précaution avant de décider si cibler la stéréotypie est socialement significatif et rejeter toute justification qui perpétue des idéaux capacitistes (Friedman & Owen, 2017). »
- « ... but the state of behavior analysis is changing for the better » (… mais l'état de l'ABA change pour le mieux) :
Ce qui est positif, par contre :
D’abord, les études portent moins sur la présentation de stimuli aversifs que les décennies précédentes (par exemple, nous citons les auteures : « la stimulation aversive contingente et le choc électrique contingent »), ce que les auteures résument de la sorte :
« Bien que les procédures reposant sur la stimulation aversive étaient courantes avant 2014, de telles procédures ont été appliquées beaucoup moins fréquemment entre 2014 et 2023. »
Plus précisément :
« Le choc électrique contingent n'a jamais été utilisé entre 2014 et 2023, et il n'y a eu qu'un seul cas de stimulation aversive contingente. [par exemple, l'application répétée d'un bruit fort et désagréable immédiatement après un comportement dit ‘indésirable’] »
Ensuite, second point positif, les auteures observent que les punitions sont souvent associées à d’autres procédures (renforcement positif, antécédent, etc.) et ne sont plus utilisées de façon isolée, comme une méthode unique :
« La punition a été utilisée en combinaison avec des stratégies de renforcement et d'antécédents plus fréquemment au cours des neuf dernières années. »
Encore un troisième point positif : certaines méthodes punitives courantes avant 2014, par exemple le Time-out (c’est-à-dire une technique punitive consistant à contraindre la personne autiste à être isolée dans une pièce ou un endroit spécifique d’une pièce, sur une chaise par exemple, dans laquelle elle est privée de ses objets/activités pendant une durée limitée ; nous y reviendrons plus loin), sont moins privilégiées dans les études d’efficacité depuis les 10 dernières années.
Selon les auteures, l’exclusion (Time-out) était une technique utilisée dans 21 % des études avant 2014, mais ne représentait plus que 6 % des procédures de punition ces dix dernières années.
2. Le commentaire de Michelle Dawson concernant cette revue de la littérature sur l’étude de la punition dans l’ABA.
Le dimanche 3 mars 2025, Michelle Dawson, une chercheuse autiste suivie par plus de 10 000 personnes (dont nombre de chercheur·euses en autisme) sur X et Bluesky, partage un lien vers cette récente revue de la littérature en ne faisant que citer les auteures de la revue, mais en faisant suivre les citations de points d’interrogation :
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Revue des études récentes utilisant des procédures de punition en ABA "pour réduire les comportements problématiques" ? https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/bin.2064 dans l'autisme et d'autres handicaps, la punition a été principalement utilisée pour la "stéréotypie" (68 %) ? — suivie des "comportements auto-agressifs" (13 %), "agression et non-conformité" (11 %) ?
(Source)
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Décryptons : Ce message exprime la préoccupation d’une personne autiste concernant le fait que les comportements auto-stimulants soient les plus ciblés par les techniques punitives dans l’ABA depuis ces 10 dernières années. Sa préoccupation n’est pas isolée, puisque de nombreuses personnes autistes ont témoigné ces 20 dernières années du fait que ces comportements, intérêts et activités dits stéréotypés sont des éléments qui participent au mieux-être et/ou à l’identité des personnes autistes.
Pour rappel, et c’est important de le signaler, la préoccupation de Michelle Dawson est complètement partagée par les auteures mêmes de la revue de la littérature. En effet, ces dernières encouragent en effet les professionnel·le·s analystes du comportement recourant aux punitions pour gérer les comportements dits stéréotypés à ne pas chercher à normaliser ces comportements coûte que coûte, et à « rejeter toute justification qui perpétue des idéaux capacitistes ».
De plus ce point de vue est fortement partagé, y compris par de plus en plus de chercheur.euse.s spécialisé.e.s et reconnues au niveau international, par exemple Géraldine Dawson, cofondatrice de l’ESDM (2022) : « Certains comportements autistiques, tels que les comportements d'auto-stimulation, ont été identifiés comme ayant une fonction d'autorégulation pour les personnes autistes. En ce sens, il est important de se demander si l’objectif de prévenir ou de faire disparaître un diagnostic d’autisme par une intervention précoce est dû au fait que les traits autistiques, comme les comportements d’auto-stimulation, sont stigmatisants dans une société qui refuse d’accepter la neurodiversité. Si tel est le cas, et si nous sommes une société qui valorise la diversité, c’est à la société de changer, et non à la personne autiste. » (Source)
3. Notre commentaire publié dans les Échos d’Autidacts – Semaine 09, 2025
Nous avons cherché, comme chaque semaine, à aider les lectrices et lecteurs à mieux comprendre les messages postés par Michelle Dawson, qui constituent, rappelons-le, pour des milliers de personnes (chercheur·euses et/ou personnes autistes) à travers le monde, des indications importantes concernant des actualités scientifiques en matière d’autisme. Ces indications sont des encouragements de Michelle Dawson à la communauté (professionnels, familles, personnes autistes) à lire davantage et de manière critique la littérature scientifique en matière d’autisme. Ensuite, à chacun.e de se faire une opinion et participer aux débats contemporains sur toute une série de questions concernant l’autisme.
Voici, pour rappel, notre commentaire, posté le 03 mars 2025, dans les Échos d’Autidacts, semaine 09, 2025, sur le site internet de la Maison de l’Autisme (Source) :
« Bien que les auteures [de la revue de la littérature] cherchent à montrer des évolutions positives dans les pratiques ABA – telles qu’une augmentation des évaluations de validité sociale ou une réduction des punitions physiques –, cette revue confirme la présence continue de procédures punitives dans la prise en charge des personnes autistes.
Le maintien de telles pratiques, même atténuées, soulève des questions éthiques majeures, notamment quand elles visent des comportements tels que la stéréotypie, qui font partie des modes d’autorégulation des personnes autistes.
Malgré un discours visant à défendre l’évolution du champ, ce travail met en lumière la persistance de logiques coercitives et restrictives, régulièrement dénoncées par les personnes autistes elles-mêmes. »
Nous écrivons « ...régulièrement dénoncées par les personnes autistes elles-mêmes. ». En effet, lorsqu’on interroge des personnes autistes qui ont participé durant leur enfance à des sessions ABA, certaines n’y sont pas du tout favorables, comme l’indique ce sondage réalisé par EUCAP (The European Council of Autistic People) en 2022 : EUCAP ABA Survey (Source).
Certaines personnes autistes y sont donc favorables, d’autres non. De la même manière, certaines familles soutiennent ces techniques, d’autres non. De la même manière, certain·e·s professionnel·le·s utilisent ces techniques, d’autres non. D'où l'importance de pouvoir débattre de ces sujets.
4. Échanges sur Facebook suite à notre article
Quelques jours après la publication de notre article, une personne engagée au niveau associatif dans le soutien aux familles de personnes en situation de handicap en Belgique s’est indignée du fait que nous avions associé les deux mots « Punitions et ABA », en indiquant que dans les formations ABA que son association propose aux familles, il n’y a pas de techniques punitives.
Faisant ensuite la publicité d'une entreprise privée qui propose des formations au Système de Communication par Échange d’Images (PECS) et à des méthodes issues de l’Analyse Appliquée du Comportement (ABA) et nous invitant dans son message à participer à une de ces formations, organisée par cette entreprise pour vérifier qu’il n’était pas question de punitions, nous lui avons répondu que nous ne pouvions pas accepter cette invitation tant que le site internet de cette entreprise diffusait publiquement un chapitre d’un « guide aux familles » publié par le fondateur de PECS (Andy Bondy), dans lequel il explique aux parents, parmi d’autres techniques, comment utiliser le time-out et la réprimande verbale en cas de comportement dit ‘problématique’ :
En effet, Andy Bondy décrit clairement dans le chapitre la technique punitive du Time-out, nous le citons :
« Pour mettre en place le time-out à la maison, il est généralement recommandé de désigner un endroit spécifique qui soit ennuyeux (pas la chambre de l’enfant), mais pas effrayant (éviter un petit placard fermé). Lorsque vous observez votre enfant adopter un comportement inapproprié (CIB), indiquez-lui calmement et de manière neutre qu’il doit aller en time-out. Il est probable que vous deviez accompagner fermement votre enfant jusqu’à l’endroit prévu, où vous aurez éventuellement placé une chaise. » (Source)
N’ayant pourtant aucunement laissé entendre que l'entreprise qui propose des formations PECS et ABA enseignait des méthodes punitives dans le cadre de ses formations, cette personne, qui propose des formations ABA aux familles en Belgique, a invité d’autres personnes à confirmer que cette entreprise n’enseignait pas de punitions aux familles. Des responsables de l'entreprise qui propose des formation PECS et ABA ont également pris la parole à ce sujet pour le confirmer.
Néanmoins, la responsable clinique de cette entreprise a bien admis que « Dans son chapitre, Andy Bondy ne consacre que 4 pages sur 13 à définir quelques stratégies réactives (ce que vous nommez punitions), soit à peine 1/3 du chapitre (31 %). », même si elle ne comprenait pas notre obstination à ne pas prendre en considération le reste du livre, qui ne parle pas du tout de punition.
Nous avons bien indiqué à plusieurs reprises que ce n’était pas nous qui désignions le Time-out comme une punition, mais bien Andy Bondy lui-même, qui parle explicitement de « Punishment », ce que la responsable clinique de cette entreprise de formation PECS et ABA a également fini par admettre sur Facebook: « Je ne vous dis pas que le Time Out ou l'extinction ou la réprimande verbale ne sont pas des punitions. Je vous dis que ces stratégies punitives, soit positives, soit négatives, existent et qu'elles doivent être finement évaluées avant d'être sélectionnées. ».
Effectivement, pour rappel, dans leur livre "Intervention comportementale clinique", Ghislain Magerotte et Éric Willaye, deux psychologues comportementalistes qui font autorité en Belgique, classent, comme tous les autres experts comportementalistes au niveau international, cette technique du Time-out dans, je cite, les "procédures de punition" (page 161).
Dire cela ne signifie pas qu’Andy Bondy privilégie la punition, ni même qu’il l’intègre dans ses formations. Comme l’ont fort bien indiqué les familles qui se sont exprimées sur Facebook ainsi que la responsable clinique, ce n’est pas le cas.
D’où notre surprise que le chapitre de ce « guide pour les parents » comporte encore ces éléments punitifs. Et d’où notre suggestion (quelque peu cavalière, nous le reconnaissons !) de retirer ce chapitre du site internet de cette entreprise de formation PECS et ABA s’il n’est plus d’actualité…
En tous les cas, le partage d’expériences des familles qui se sont exprimées sur Facebook ainsi que les informations transmises par des responsables de cette entreprise de formation PECS et ABA ne gomment pas le fait que, ces 10 dernières années, les techniques punitives restent très étudiées par les comportementalistes et sont encore intégrées dans des pratiques comportementales de gestion des comportements dits ‘problématiques’, ce qui était donc le seul et unique contenu et message partagé dans les Échos d’Autidacts, à partir d’une base scientifique (la revue de la littérature scientifique).
Notre attitude n’est donc pas « contre l’ABA », mais bien une invitation, avec un appui factuel et scientifique, à pouvoir débattre de ce sujet, sans que ce soit ni tabou ni réducteur. Notre démarche trouve d’ailleurs son inspiration dans les recommandations d’analystes du comportement réputés au niveau international, dont Gregory Hanley (Lien vers ses travaux), qui ont récemment (2024) tiré la sonnette d’alarme sur « les risques liés à l’ignorance du potentiel de préjudice causé par des approches coercitives » au sein de l’ABA :
« Notre espoir, en rédigeant cet article, est d’inviter à un regard critique et à une réévaluation de notre pratique dans le contexte du traitement des comportements problématiques sévères, et de proposer une série de tactiques pouvant être mieux alignées avec une approche préventive, sensible aux traumatismes et universelle de l’évaluation et du traitement.
Nous faisons écho à l’appel pour davantage de mesures de validité sociale et de rapports sur les effets globaux des traitements ABA (y compris les effets secondaires), et nous réitérons la nécessité d’analyser les facteurs qui influencent et améliorent l’acceptabilité et l’efficacité de notre pratique.
Nous sommes également d’accord sur le fait que des définitions plus précises et empiriquement validées du traumatisme, des réponses au traumatisme, de la compassion et de l’empathie nous aideront davantage à affiner notre approche compatissante du traitement.
Cependant, nous pensons disposer d’informations suffisantes concernant la prévalence des traumatismes et les risques liés à l’ignorance du potentiel de préjudice causé par des approches coercitives, pour être préoccupé·e·s.
Nous disposons également d’informations suffisantes sur les priorités et les valeurs actuelles des parties prenantes concernées dans les services à la personne, ainsi que sur les critiques formulées par certain·e·s usager·ère·s, pour pouvoir agir dès maintenant afin de répondre à ces préoccupations potentielles et éviter des dommages irréparables à l’acceptabilité de notre science appliquée. »
(Source : Mahshid Ghaemmaghami, Kelsey Ruppel, Anthony Cammilleri, Theresa Fiani, Gregory P. Hanley (2024), « Toward Compassion in the Assessment and Treatment of Severe Problem Behavior », publié dans la revue Behavior Analysis in Practice - Lien vers l'article)
Nous continuerons à aborder ces sujets, y compris les plus sensibles, lorsqu'ils sont d'actualité scientifique. Nous le ferons sans concession, mais avec ouverture et dans un esprit de respect mutuel.
Nous sommes particulièrement intéressé à prolonger ce débat – s’il est courtois – par échanges d’emails (contact@autidacts.org) ou par une rencontre (visio ou autre) avec les personnes intéressées. Nous ne communiquerons, par contre, plus par Facebook, car ce dernier, que nous avons découvert à l’occasion de cet événement, nous est apparu être un milieu fort hostile où, en l’espace de quelques heures, nous avons été insulté à plusieurs reprises, de façon particulièrement violente et gratuite par quelques (rares) personnes. Ce n’est pas la politique d’Autidacts.
PS. Pour celles et ceux qui souhaitent évaluer avec plus de détails nos positions actuelles sur ces matières, nous publions en accès libre (ICI) l’ensemble de nos commentaires postés sur Facebook en réponses aux questions, inquiétudes, critiques des personnes qui se sont exprimées, jusqu’à la suppression de notre compte (car nous avions créé un compte avec le nom Autidacts, ce qui n’est pas autorisé par Facebook).
Les articles publiés sur ce site reflètent uniquement les opinions de leurs auteur·rice·s respectif·ve·s. Le site ne peut être tenu responsable des points de vue exprimés dans ces contributions. Ces actualités sont partagées dans un souci de diversité d'opinions et pour enrichir le débat sur l'autisme.
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